Plus que le temps decran cest lusage qui en est - « Plus que le temps d’écran, c’est l’usage qui en est fait qui importe », assure la cheffe du pôle addictologie du CHU

« Plus que le temps d’écran, c’est l’usage qui en est fait qui importe », assure la cheffe du pôle addictologie du CHU

Le temps consacré aux écrans a augmenté durant la crise du Covid-19 — Pixabay

  • Le Pr Mélina Fatseas du CHU de Bordeaux anime une conférence ce lundi à 18 heures « l’addiction aux écrans : mythe ou réalité ? »
  • Pour la cheffe du pôle addictologie du CHU, il existe surtout une addiction aux jeux vidéo, même si elle ne concerne qu’une faible minorité de joueurs.
  • Elle estime par ailleurs qu’il faudra surveiller dans les prochains mois, les conséquences de la hausse du temps passé devant les écrans, observée depuis le début de la crise du Covid-19.

Alors que l’OMS a reconnu en 2019 l’existence de troubles lié à la pratique du jeu vidéo, et que les
confinements successifs liés à la crise sanitaire, réinterrogent la place des écrans dans notre quotidien, le
CHU de Bordeaux organise ce lundi une conférence sur « l’addiction aux écrans : mythe ou réalité ? » Le Pr Mélina Fatseas, cheffe du pôle d’addictologie du CHU de Bordeaux et du Centre hospitalier Charles Perrens, qui animera cette conférence, a répondu aux questions de 20 minutes.

Que sait-on aujourd’hui sur la façon dont les écrans peuvent nous rendre dépendants ?

C’est une question qui reste très controversée et source de débats. Il n’y a pas de consensus sur la question d’addiction aux écrans, puisque cela regroupe à la fois la question des écrans en tant que support, mais aussi la question d’utilisation d’Internet, et le contenu de l’objet même (jeux, achats…). L’objet sur lequel il existe le plus de données, c’est
l’addiction aux jeux vidéo, qui est d’ailleurs à l’origine du plus grand nombre de consultations en addictologie, même si cela concerne une minorité de joueurs, de l’ordre de 1 à 3 %.

De quels jeux vidéo parle-t-on ?

Essentiellement la catégorie des jeux en réseau multijoueurs (MMORPG) qui favorisent la perte de contrôle. On n’a quasiment jamais de demandes de consultation pour des jeux de plateforme par exemple.

Quels sont les critères qui montrent une dépendance aux jeux vidéo ?

Ce que l’on repère comme signaux alarmants, c’est la perte de contrôle d’utilisation du jeu, avec une émergence d’irritabilité, de frustration et de colère quand la personne ne peut plus accéder à son jeu. Et le fait que cette activité de jeu vidéo va se faire au détriment des autres activités de la vie quotidienne. Il faut qu’il y ait toujours une notion de retentissement dans le fonctionnement global de la personne. La notion de temps passé n’est pas un critère très fiable car on peut avoir des joueurs excessifs qui passent du temps sur leur jeu, mais qui ne vont pas avoir un fonctionnement global altéré.

Et qu’en est-il de l’addiction aux écrans chez les jeunes ?

La question de l’addiction chez les enfants et les adolescents n’est pas bien établie. D’abord dans nos consultations on voit plutôt de jeunes adultes, qui ont par ailleurs souvent des facteurs de vulnérabilité associés, par exemple de l’anxiété, de la dépression, et des facteurs de vulnérabilité sociale, qui favorisent l’entrée dans l’addiction. Pour les adolescents, les écrans peuvent être un moyen de réguler des émotions négatives, du stress, ou de maintenir un lien social, on l’a vu pendant la crise du Covid-19. L’augmentation du
temps passé sur les écrans peut être lié à la gestion d’une crise, et n’est pas forcément problématique ou pathologique, à condition de reprendre un usage normal une fois l’épisode passé.

Est-ce que la crise du Covid-19 a entraîné des transformations dans les usages, et est-ce inquiétant ?

Il y a eu une augmentation claire du temps passé devant les écrans, essentiellement par contrainte, mais le jeu a aussi été une manière de maintenir du lien avec les autres. Pour autant, est-ce que cela va déclencher un comportement problématique et addictif chez certains ? On n’a pas encore suffisamment de recul, et c’est une donnée qu’il faudra observer par la suite. En revanche, il y a eu un retentissement très clair de cette crise sur la santé mentale, en lien avec le stress et l’isolement notamment. Et nous avons observé une hausse importante des demandes de consultation pour les addictions de manière générale, particulièrement concernant les
troubles des conduites alimentaires avec une augmentation de 50 % des demandes, et des formes d’entrée dans la maladie particulièrement sévères.

Concernant l’exposition des enfants aux écrans, quelles sont les règles aujourd’hui et que sait-on par rapport aux dangers potentiels ?

Il est recommandé de ne pas exposer les enfants de moins de deux ans aux écrans, de limiter à une heure par jour pour les enfants entre deux et cinq ans, et pas plus de deux heures entre six et onze ans. Mais ce ne sont que des repères. Plus que le temps d’écran, c’est l’usage qui en est fait qui importe. Un enfant de deux ans devant un écran seul, ce n’est pas la même chose que s’il est accompagné dans des interactions. La problématique des écrans pour les plus jeunes, c’est l’accompagnement. Et il ne faut pas que cela se substitue à ses besoins fondamentaux, comme le développement de la psychomotricité fine, l’activité physique, les interactions relationnelles, le lien affectif… Il s’agit plus d’éduquer les parents et d’encadrer les usages, que de dire que l’écran en lui-même est toxique.

Concernant l’âge auquel on peut commencer à confier un smartphone à un adolescent, qui se situe en moyenne vers l’âge de 11 ans en France, que peut-on en dire ?

Un smartphone c’est l’accès à Internet, il faut donc savoir si l’enfant a les outils suffisant de gestion des risques possibles liés aux réseaux sociaux, aux jeux en ligne… L’accès à un smartphone à l’entrée au collège, peut poser un certain nombre de soucis, il faut donc un minimum de contrôle parental, et accompagner les enfants.

La conférence « Addiction aux écrans : mythe ou réalité » aura lieu lundi 7 juin à 18 heures à la Station Ausone de la librairie Mollat, 8 rue de la vieille Tour à Bordeaux, (dans la limite des places disponibles, jauge adaptée à 97 personnes) ou en direct sur le compte Facebook et sur la
chaîne YouTube de la librairie Mollat, ou en différé sur les chaînes YouTube de la librairie Mollat et du
CHU de Bordeaux.

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