Afghanistan : les Etats-Unis avaient le choix entre «le départ ou l’escalade» militaire, défend Biden


Tandis que les images des talibans fêtant leur victoire font le tour du monde, le président américain s’est exprimé depuis la salle de la réception de la Maison-Blanche. Une prise de parole très attendue, alors que les images de la débâcle américaine sont dans toutes les têtes.

Joe Biden a défendu sa gestion de l’évacuation et salué le travail des militaires et des personnels diplomatiques sur place. « Nous étions prêts lorsque les forces de sécurité afghanes n’ont pas tenu aussi longtemps que nous le pensions. Nous étions prêts lorsque leur gouvernement s’est effondré. Les responsables du renseignements et les diplomates ont bien fait leur travail », a t-il assuré.

« Nous avons quitté le pays pour respecter l’accord conclu par nos prédécesseurs sinon nous risquions la vie de nos militaires », a poursuivi le président américain. Pour lui la date butoir du 31 août était impossible à repousser sous peine de replonger dans « une décennie de conflit » et « d’assister à une escalade de la situation ».

La guerre contre le terrorisme n’est pas finie

Avec ce retrait, Joe Biden l’a assuré : « Nous tournons une page en matière de politique étrangère et nous apprenons de nos erreurs. » A la politique interventionniste, le président préfère se concentrer « sur la situation sécuritaire des Etats-Unis » et intervenir « de manière ciblée ». « La menace terroriste s’est métastasée. Nous n’avons pas besoin de mener une guerre sur le terrain pour lutter contre le terrorisme. Grâce aux drones notamment », a rappelé le président.

Le retrait américain ne signifie pas la fin de la lutte contre le terrorisme. « Nous vous traquerons jusqu’aux confins du monde et vous paierez le prix fort », a t-il lancé d’un air déterminé, face aux journalistes. Selon lui, le conflit a coûté 2000 milliards de dollars aux américains. Un coût injustifié pour « une guerre qui n’était plus dans l’intérêt vital de notre peuple ».

Avec cette intervention millimétrée plusieurs fois repoussée, Joe Biden a tenté de remettre d’aplomb l’image du commandant en chef qu’il espère incarner. Après le général, le diplomate, et la photo déjà historique du dernier soldat américain montant de nuit dans l’avion à Kaboul, la Maison Blanche a voulu mettre en scène de manière très solennelle Joe Biden, ce « commandant en chef », titre dont se parent volontiers les présidents américains, très ébranlé.

Joe Biden n’a jamais renié sa décision

Pourtant tout au long de cette opération périlleuse, Joe Biden n’a jamais renié sa décision de mettre fin à vingt années d’intervention militaire, et n’est jamais revenu sur le calendrier, même quand le retrait a tourné à l’humiliation pour la première puissance mondiale.

Toute la puissance et la logistique de l’armée américaine ont été mobilisées, dans un gigantesque pont-aérien. Devant l’avancée éclair des talibans, Joe Biden a redéployé en urgence 6 000 militaires à l’aéroport de Kaboul. En l’espace de 16 jours, 123 000 personnes ont été évacués à bord d’avions américains. « Seuls les Etats-Unis pouvaient organiser et mettre en œuvre une mission de cette ampleur et de cette complexité », a fait valoir le secrétaire d’Etat Antony Blinken.

Une évacuation spectaculaire entachée par l’attentat suicide revendiqué par le groupe Etat islamique, le 26 août, qui a coûté la vie à une centaine de personnes, dont 13 militaires américains. Mais pas question de revenir en arrière pour le président.

« Je suis le président des Etats-Unis et à la fin c’est moi qui assume », a-t-il martelé. Et l’armée américaine a quitté l’Afghanistan une minute avant que ne débute, à Kaboul, la journée du 31 juillet, date butoir fixée par Joe Biden.

Les détracteurs du président sont de plus en plus nombreux y compris parmi les alliés occidentaux a estimer que les évacuations auraient dû être réalisées ou au moins préparées en amont.

La première vraie crise de la présidence Biden

Reste à savoir quel impact aura cette fin catastrophique de la guerre en Afghanistan sur le reste de la présidence Biden. D’un côté, il va certainement vouloir tourner la page après la première vraie crise de sa présidence. Mais, de l’autre, Joe Biden ne peut pas aller trop vite. Pas quand les Américains ont encore en tête les jeunes visages de ces militaires, parfois guère plus vieux que la guerre en Afghanistan elle-même, tombés à Kaboul.

D’autant que les Etats-Unis laissent derrière eux entre 100 et 200 ressortissants. Des hommes et des femmes bloqués dans un pays passé sous la main des talibans et qui ne peuvent compter que sur la voie diplomatique et les promesses de talibans pour en sortir. Joe Biden, près de vingt ans après les attaques du 11 septembre 2001, doit aussi convaincre ses concitoyens que l’Afghanistan ne redeviendra pas une base arrière d’où seraient lancés des attentats contre les Etats-Unis.

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