quel arsenal les Américains ont-ils laissé aux mains des talibans après leur départ ?


Un trésor de guerre. Après le départ des derniers soldats américains d’Afghanistan, lundi 30 août, les talibans sont désormais seuls aux commandes du pays et de l’aéroport international Hamid-Karzaï à Kaboul. Ils ont pu ainsi mettre la main sur le matériel militaire laissé sur place par les Américains et par les troupes afghanes, armées pendant plus de vingt ans par Washington. Cette prise vient renforcer les moyens des talibans, qui avaient déjà récupéré des armes au cours de leur avancée vers Kaboul ces derniers mois.

Lors de sa conférence de presse lundi à Washington, le général Kenneth McKenzie, qui dirige le commandement central dont dépend l’Afghanistan, a passé en revue l’arsenal américain laissé aux talibans. Au total, 73 avions et hélicoptères Apache qui se trouvaient déjà à l’aéroport international de Kaboul avaient été “démilitarisés” ou rendus inutiles par les troupes américaines. “Ces avions ne voleront plus jamais… Ils ne pourront jamais être exploités par qui que ce soit”, a assuré le haut gradé américain.

Le Pentagone a également laissé derrière lui environ 70 véhicules tactiques blindés MRAP, conçus pour résister aux mines et engins explosifs improvisés, ainsi que 27 véhicules légers Humvee, d’autres véhicules tactiques légers remplacés par des MRAP car moins résistants et coûtant trois fois moins cher, rapporte États-Unis aujourd’hui. Ces véhicules “ne seront plus jamais utilisés par qui que ce soit”, a également promis le général McKenzie.

Les Etats-Unis ont également laissé derrière eux le système C-RAM qui sert de défense contre les roquettes, les tirs d’artillerie et les mortiers et qui a notamment été utilisé lundi pour protéger l’aéroport de cinq roquettes lancées par l’Etat islamique. “Nous avons choisi de maintenir ces systèmes en service jusqu’à la toute dernière minute, a justifié Kenneth McKenzie. C’est une procédure complexe et chronophage pour briser ces systèmes. Nous démilitarisons donc ces systèmes afin qu’ils ne soient plus jamais utilisés.”

Si ce matériel hors d’usage ne leur servira qu’“à des fins de propagande uniquement”, selon un ancien analyste en contre-terrorisme de la CIA interrogé par l’AFP, les talibans avaient bien mis la mains sur des équipements fonctionnels ces derniers mois. Des prises issues notamment de l’aide militaire évaluée à 83 milliards de dollars dépensée en deux décennies par les Etats-Unis, selon l’Inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan (Sigar), cité par Le magazine Time.

“Nous avons fourni à nos partenaires afghans tous les outils, laissez-moi insister là-dessus, tous les outils”, avait déclaré en juillet le président américain, Joe Biden, pour justifier sa décision de retirer les dernières troupes américaines du pays et de laisser les Afghans se battre pour leur avenir. Les livraisons d’armements se sont même poursuivies cet été. Dans un rapport cité par le Washington Post, le Sigar évalue ainsi “à 212 millions de dollars” l’aide fournie à l’armée afghane par les Etats-Unis au cours du dernier trimestre.

Un butin important a d’abord été constitué par les talibans lors de la prise des capitales provinciales quand les troupes régulières afghanes sont parties, dans la précipitation. Le blog spécialisé Oryxspioenkop.com (en anglais) a comptabilisé les images publiées par les talibans de leurs prises de guerre entre juin et août : on y compte 2 082 blindés légers, une cinquantaine de canons ou mortiers lourds, 60 chars légers et 12 chars lourds. Quant aux aéronefs, avions ou hélicoptères, 45 se sont réfugiés en Ouzbékistan, une poignée d’autres au Tadjikistan. Mais les talibans ont mis la main sur au moins deux avions, 24 hélicoptères et sept drones militaires.

Ce butin a donc encore grossi le 31 août, quand le dernier soldat américain a quitté le sol afghan. Même si les troupes américaines ont emmené avec elles en se retirant l’équipement dit “sophistiqué”, les talibans ont récupéré “des véhicules, des armes légères et des munitions”, explique à l’AFP Justine Fleischner, de l’ONG Conflict Armament Research (CAR). “C’est incroyablement sérieux. Cela va être une énorme aubaine pour eux”, estime un autre expert cité par l’AFP Raffaello Pantucci.



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