Le président de la Ligue de Football de Nouvelle-Aquitaine Saïd Ennjimi continuera à toucher 10000€ par mois contre l’avis des clubs


Saïd Ennjimi va à nouveau percevoir un salaire de plus de 10.000€ bruts mensuels malgré l’opposition affichée par les clubs lors de la dernière assemblée générale. Au cours de l’été, le Comité directeur de la Ligue de Nouvelle-Aquitaine de Football (LFNA) a fait adopter une grille de rémunération pour le président et deux de ses proches. Un vote glissé discrètement dans un procès-verbal publié sur le site de la Ligue mais que l’association s’est bien gardée de mettre en avant.
Saïd Ennjimi percevra un plafond de sécurité sociale (3 428€ bruts mensuels), versé rétroactivement pour la période allant du 1er juillet 2020 au 30 juin 2021, puis 6 856€ du 1er juillet 2021 au 31 décembre 2021, enfin 10 284€ (le maximum légal) du 1er janvier 2022 jusqu’à la fin de son mandat prévu en 2024. Une rémunération qui s’ajoute à ses frais professionnels (plus de 3 000€ par mois selon les derniers chiffres disponibles).
Les deux plus proches collaborateurs de Saïd Ennjimi n’ont pas été oubliés. Bras droit de la campagne de l’ancien arbitre en 2017, Matthieu Rabby, président du District des Pyrénées-Atlantiques, percevra 3 428€ bruts mensuels du 1er juillet 2021 jusqu’à la fin de son mandat.
David Wailliez, représentant des arbitres au sein du Comité directeur et ami proche du président, touchera 1 714€, toujours du 1er juillet 2021 jusqu’à la fin de son mandat.
Les clubs avaient pourtant envoyé un message clair lors de la dernière assemblée générale le 21 novembre 2020. Réélu pour un second mandat à la tête de la Ligue après sa victoire face au dissident Christian Combaret (61,6 % des voix), Saïd Ennjimi avait subi une contrariété de taille.
Appelés à se prononcer sur la rémunération du président du 1er juillet 2019 au 30 juin 2020, les clubs s’étaient prononcés « contre » à 51,03 %.

L’avis des clubs était consultatif

Un vote symbolique car, comme l’avait expliqué Saïd Ennjimi à nos confrères de la Nouvelle République (1), rien n’obligeait le président de la LFNA à rembourser.
« Cela peut paraître paradoxal mais il n’y a pas de rétroactivité », avait-il confié au soir de sa réélection. Selon les statuts de la LFNA, c’est en effet le Comité directeur qui a le pouvoir de voter ou non les rémunérations à la majorité des deux tiers. En principe souveraine, l’Assemblée générale avait accordé une délégation de pouvoir en 2017 lors d’une modification des statuts.
Néanmoins, le camouflet avait incité le président à ne pas solliciter dans la foulée un salaire pour les débuts de son second mandat alors que de nombreux clubs souffraient des conséquences de la crise sanitaire. Et qu’il était (il l’est toujours) visé par une enquête préliminaire suite à une plainte contre X pour escroquerie, abus de confiance, abus de biens sociaux et de détournement de fonds.
Dans une volonté d’apaisement, Saïd Ennjimi avait ajouté « que cela ne changeait rien à [son] engagement » et qu’il acceptait le choix des clubs, « sachant [qu’il] n’était plus indemnisé depuis le 1er juillet (ndlr. 2020) ».

Le District de la Charente s’abstient

Moins d’un an plus tard, les belles paroles du président bénévole se sont envolées. Lors des comités directeurs du 12 juillet et du 5 août, la rémunération du président et celle de deux autres élus a été remise sur le tapis. Résultat: 26 voix « pour », une « contre », celle de Philippe Lafrique, président du District de la Creuse, membre du Comité Exécutif de la FFF et vice-président du Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine délégué aux sports et à la vie associative, et deux abstentions.
Les abstentionnistes sont le président du District des Deux-Sèvres et Gilles Rouffignat, celui de la Charente, qui explique son choix. « On a pris la décision collectivement au sein du Comité directeur de s’abstenir, c’était aussi ma position personnelle. Je ne suis pas opposé au principe d’une rémunération du président mais après le vote négatif des clubs lors de la dernière assemblée générale, il est légitime de leur demander leur avis. »
Les réserves exprimées par les trois présidents de District n’ont pas empêché l’adoption de la proposition car une majorité des deux tiers suffisait.

(1) Saïd Ennjimi ne répond plus à CL depuis deux ans.

Une « professionnalisation totale », justifie Ennjimi

Dans son procès-verbal, le Comité directeur de la LFNA justifie le vote des rémunérations par le non-remplacement d’Eric Biancolli, directeur financier, qui partira en retraite le 31 décembre 2021 et dont Saïd Ennjimi est censé prendre en charge les prérogatives. Le non-remplacement d’un chargé de communication au 30 août 2021 est aussi avancé pour justifier les nouvelles missions rémunérées attribuées à Matthieu Rabby, qui s’occupera « de la communication générale de l’institution mais également de l’animation des territoires ».

Le Comité directeur rapporte aussi les propos de Saïd Ennjimi. « Le Président rappelle que la stratégie de la LFNA consiste à indemniser des élus afin de favoriser la professionnalisation totale de l’institution. Il précise également que les indemnisations seront suspendues dans le cas où la LFNA augmenterait ses tarifs de licences (à l’exception de la seule inflation). La modulation des indemnisations, à la baisse, sera proposée au Comité de direction dans le cas où la pandémie de Covid-19 mettrait gravement à mal le résultat d’exploitation. La professionnalisation des élus n’a de sens que si elle permet aux clubs d’avoir la garantie d’une bonne gestion. »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *