Abdul Ghani Baradar, cofondateur des talibans, numéro deux du nouveau gouvernement


Abdul Ghani Baradar, cofondateur et négociateur des talibans, et d’autres membres de la délégation assistent à la conférence pour la paix afghane à Moscou, en Russie, le 18 mars 2021.

Trois semaines après leur prise de pouvoir – et alors que les nouveaux hommes forts d’Afghanistan ont repris la dernière poche de résistance dans la vallée du Panchir –, le terrain était assez dégagé, mardi 7 septembre, pour que les talibans annoncent une partie de leur nouveau gouvernement.

Le porte-parole du mouvement islamiste, Zabihullah Mujahid, a ainsi déclaré, lors d’une conférence de presse à Kaboul, que le cofondateur des talibans, Abdul Ghani Baradar, prendrait le poste de vice-premier ministre, soit le numéro deux du nouvel exécutif afghan. Chef du bureau politique du mouvement islamiste, ce dernier a mené les négociations avec les Etats-Unis et a signé l’accord qui a conduit au retrait des Américains d’Afghanistan, après vingt ans de guerre.

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Le mollah Mohammad Hassan Akhund prendra, quant à lui, la tête du gouvernement. Le nouveau premier ministre afghan était un proche collaborateur et conseiller politique du chef suprême, le mollah Omar. Sous le premier gouvernement taliban, il a notamment été vice-ministre des affaires étrangères et gouverneur de la province de Kandahar.

Essayer de « prendre des gens d’autres régions du pays »

Par ailleurs, le mollah Yaqoub, fils du mollah Omar, est nommé ministre de la défense, et Sirajuddin Haqqani devient ministre de l’intérieur. Ce dernier est le chef du réseau Haqqani, fondé par son père. Ce réseau est qualifié de terroriste par Washington, qui l’a toujours considéré comme l’une des plus dangereuses factions combattant les troupes afghanes et de l’OTAN au cours des deux dernières décennies. Aussi, Amir Khan Muttaqi, négociateur taliban à Doha, a été nommé à la tête du ministère des affaires étrangères.

« Le gouvernement n’est pas au complet », a toutefois souligné M. Mujahid, assurant que son mouvement, qui a promis un exécutif « inclusif », allait essayer de « prendre des gens d’autres régions du pays ». Les talibans sont effectivement attendus au tournant par la communauté internationale, qui a prévenu qu’elle jugerait le mouvement islamiste sur ses actes.

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A la suite des annonces, le chef suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada, dont les interventions publiques sont très rares, a demandé au nouveau gouvernement de faire respecter la charia. « J’assure tous nos concitoyens que les gouvernants travailleront durement à faire respecter les règles islamiques et la charia dans le pays », a-t-il ainsi affirmé dans un communiqué en anglais.

Il a aussi ajouté que le nouveau gouvernement fera en sorte d’installer « une paix, une prospérité et un développement durables » dans le pays et a enjoint à ses compatriotes de ne pas quitter le pays, assurant que le régime taliban « n’a de problème avec personne ». Dans son long message, il a enfin dit souhaiter « des relations fortes et saines avec les voisins de l’Afghanistan et tous les autres pays », et a assuré que son régime prendra « des mesures fortes et efficaces pour la protection des droits humains ».

Deux morts et huit blessés dans une manifestation à Hérat

Plus tôt dans la journée, Ahmadullah Wasiq, un responsable de la commission culturelle talibane, avait annoncé que seulement « quelques membres » du nouveau gouvernement allaient être annoncés mardi soir. « Nous nous sommes mis d’accord sur le fait que nous annoncerions un nouveau gouvernement avant qu’une cérémonie formelle puisse se tenir », a-t-il aussi ajouté sur Twitter.

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Ces annonces interviennent une semaine après le départ des derniers Américains de Kaboul et quelques heures seulement après que le mouvement islamiste a repris la vallée du Panchir, jusque-là dernière poche de résistance dans le pays. Les talibans ont tiré plusieurs coups de feu en l’air, à Kaboul, dans la journée de mardi, pour disperser de nouvelles manifestations dénonçant, notamment, leur violente répression dans le Panchir.

Un autre rassemblement contre le régime taliban a, par ailleurs, fait deux morts et huit blessés par balles, mardi à Hérat, dans l’ouest afghan, a déclaré un médecin local sous couvert d’anonymat. Interrogé au sujet de ces manifestations, le porte-parole taliban a estimé qu’elles étaient « illégales tant que les bureaux du gouvernement [n’étaient] pas ouverts, et les lois, proclamées ». Il a également souligné qu’ils « n’étaient pas encore formés » à la gestion des manifestations et a appelé les manifestants à prévenir les autorités de tout rassemblement vingt-quatre heures à l’avance. Lundi, le mouvement avait toutefois déclaré qu’il ne tolérerait plus aucune contestation de son pouvoir.

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Le Monde avec AFP

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