Le Nouvelliste | A Port-au-Prince, des blessés du séisme sont dans l’impossibilité de retourner dans le grand Sud


Le cri d’un bébé nous alerte en nous approchant de la tente. Une petite fille d’un an avec un spika collé à sa ceinture pleure à cause de la température. À midi environ le soleil est à son zénith, la chaleur monte sous cette tente placée dans la cour de l’hôpital de Médecins sans frontières à Tabarre où sont logés des malades exéatés venus du grand Sud du pays, frappé par le séisme du 14 août. Sa maman tente vainement de l’apaiser avec un éventail malgré l’installation de quatre ventilateurs sous ce chapiteau. Elle est obligée de rester a-t-elle confié, dans cet espace pour suivre ses rendez-vous médicaux avant de retourner à Cavaillon, commune du département du Sud du pays. « Je n’ai plus rien. La maison où j’habitais a été détruite. Je ne pourrai plus continuer à faire soigner l’enfant si je retourne à Cavaillon. J’ai peur d’y aller et de ne plus avoir la possibilité de passer à Martissant où les gangs s’affrontent pour revenir à Port-au-Prince. Ici, je mange à ma faim », explique-t-elle, confirmant que sa fille a déjà été exéatée.

Fixateur au pied, un bras cassé et un os du bassin fracturé, Jésula Elisa, 35 ans, transpire de douleur. Exéatée depuis le 30 août dernier, elle souffre encore. Elle a été amenée en hélicoptère à Port-au-Prince, le 14 août dernier, et prise en charge  à l’hôpital Médecins sans frontières de Tabarre. « Je suis encore à cet hôpital parce que je suis décapitalisée. Ma maison est détruite, je ne trouverai pas les moyens nécessaires pour venir aux rendez-vous médicaux ni pour aller à un hôpital privé aux Cayes. Je désire rentrer chez moi lorsque je me rétablirai complètement », soupire cette dame, mère de deux enfants, son mari à son chevet,

À deux lits d’elle, Guinesse Bien-Aimé, qui est originaire de Fond Cochon, 2e section communale des Roseaux, dans la Grand’Anse, souhaite retrouver sa femme et ses huit enfants qui vivent dans cette région. Pour le moment, il est impuissant, une jambe cassée lors du séisme est maintenue par un fixateur. L’homme est en attente d’aide et demande aux autorités de voler au secours des personnes se trouvant dans la même situation que lui. « Mon jardin et mon bétail sont enterrés lors du tremblement de terre qui a occasionné des glissements de terrain. Je n’ai plus rien. J’aimerais bien avoir la possibilité d’être soigné auprès de ma famille. Je n’ai personne à Port-au-Prince. Depuis mon admission je n’ai reçu aucune visite », se plaint-il, précisant que le personnel du MSF s’occupe bien de lui

« Ces patients n’ont plus leur place à l’hôpital », a ajouté Jean- Gilbert Ndong, coordonnateur du projet hôpital MSF de Tabarre.

Les équipes de l’hôpital Médecins sans frontières de Tabarre ont eu à réviser les critères d’admission des patients pour pouvoir admettre des victimes du séisme. « À nos jours, nous avons reçu une cinquantaine de patients en provenance du Sud. Nous avons multiplié notre charge de travail par deux pour pouvoir aider les victimes en provenance du Sud et continuer à faire fonctionner les autres services pour des causes de traumatologies ou des brûlés », confie Jean-Gilbert Ndong, coordonnateur du projet hôpital MSF de Tabarre. Actuellement 18 patients en provenance du grand Sud sont en hospitalisation et 8 qui ne peuvent rentrer chez eux sont logés au sein de l’hôpital, enchaîne le Dr Papy Malabo Kabongo, responsable de l’activité médicale à MSF de Tabarre.

« C’est une situation délicate dans la mesure où un patient exéaté de l’hôpital doit rentrer chez lui. On a certains patients qui ont de la famille à Port-au-Prince qui sont allés les rejoindre mais la majorité des patients qui n’ont pas de famille dans la capitale ont leur maison détruite. Nous sommes en train de discuter avec les autorités et les autres partenaires dans le  Sud pour organiser leur retour. Nous à MSF, nous avons fait ce que nous pouvions pour ces patients, ils ont été bien soignés. Il faudrait bien que d’autres partenaires prennent le relais pour le suivi post-opératoire. Nous avons une dizaine de patients sous la tente. Certains ont des plâtres qui devraient être enlevés et d’autres nécessitent un suivi de physiothérapie », explique Jean-Gilbert Ndong.

« Ces patients n’ont pas leur place à l’hôpital où ils risquent d’attraper des infections nosocomiales, c’est-à-dire des infections au niveau de l’hôpital. L’idéal serait qu’ils puissent repartir le plus tôt possible, mais pas n’importe comment. Qu’ils puissent avoir des structures d’accueil  étant donné que la majorité des patients n’ont plus de maison dans le Sud », a ajouté le coordonnateur du projet hôpital MSF de Tabarre.

« Des partenaires travaillent à mettre en place des structures en vue d’assurer le suivi post-opératoire. Il y a encore du travail à faire », a reconnu M. Ndong, qui n’était pas en mesure de dire comment avancent les discussions avec les autorités étatiques sur la difficulté pour des patients du grand  Sud de retourner au bercail.

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