Pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, il faudrait laisser 60 % du pétrole et du gaz dans le sol, et 90 % du charbon


Ce serait un sevrage radical pour une économie mondiale marquée par son addiction aux énergies fossiles. Pour garder une chance de limiter le réchauffement à 1,5 °C, et ainsi éviter les pires catastrophes climatiques, il faudrait laisser dans le sol près de 60 % des réserves de pétrole et de gaz, et 90 % de celles de charbon d’ici à 2050. Conséquences : la production de gaz et de pétrole devrait diminuer en moyenne de 3 % par an dans le monde jusqu’en 2050, ce qui implique que la majorité des régions atteignent leur pic pétrolier ou gazier maintenant ou au maximum au cours de la prochaine décennie, selon les conclusions d’une étude parue dans La nature, mercredi 8 septembre.

Le monde prend actuellement la direction opposée. Les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz), dont la combustion est responsable de la majeure partie du réchauffement climatique, comptent toujours pour 81 % de la demande en énergie primaire et leur production continue de progresser. Les pays prévoient une augmentation annuelle moyenne de 2 % durant la prochaine décennie, selon le rapport de l’ONU « Production Gap Report », publié fin 2020.

« C’est absolument désespéré », juge le professeur Paul Ekins, l’un des auteurs de l’étude publiée dans La nature, chercheur comme ses collègues à l’University College London. « Nous sommes très loin de l’objectif de Paris en termes de combustibles fossiles que les gens prévoient de produire. Chaque fois que l’on trouve du pétrole ou du gaz, tous les gouvernements du monde, malgré tout ce qu’ils ont pu dire, essaient de l’extraire du sol. » Lors de l’accord de Paris de 2015, les Etats se sont engagés à limiter le réchauffement climatique bien en deçà de 2 °C et si possible à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle – une trajectoire que nous ne suivons pas actuellement, alors que les objectifs climatiques des pays sont pour l’instant insuffisants.

Forts déclins dès aujourd’hui

Cette étude met à jour de précédents travaux, publiés en 2015 avant l’accord de Paris, qui avaient calculé les quantités d’énergies fossiles à ne pas exploiter pour avoir une chance de limiter le réchauffement à 2 °C. Ils avaient conclu que 33 % des réserves de pétrole, 49 % de gaz et 88 % de charbon devaient rester inutilisées. « Avec la limite de 1,5 °C, c’est presque deux fois plus de pétrole qui doit rester sous terre », note Daniel Welsby, principal auteur de l’étude.

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