Liga – Des clubs espagnols avec des maillots vierges ou quand la loi bouleverse le sponsoring


Si Alberto Garzón, le ministre de la Consommation de Pedro Sánchez depuis janvier 2020, était joueur de football, il serait ailier gauche. Très très à gauche même. Premier communiste, avec Yolanda Díaz, à devenir membre d’un gouvernement espagnol depuis mars 1939, Garzón et sa collègue d’Izquierda Unida ont suscité les réactions outragées de l’Église et VOX, le parti d’extrême-droite qui y est allé franco et a carrément imploré l’armée de remettre de l’ordre dans le pays. Si Alberto Garzón était un président de club, il serait Pablo Longoria, du moins par rapport à son ascension fulgurante : député à 25 ans et ministre à 34.

Très populaire en Espagne, l’ancien porte-parole du mouvement des indignés n’est pas certain en revanche que sa cote soit très élevée en Liga. En effet, la loi qui porte son nom a totalement changé la vie des clubs qui ne peuvent plus choisir un opérateur de paris sportifs comme sponsor textile. Sur les 42 clubs dans le giron de LaLiga, 41 avaient un contrat de quelle que forme que ce soit (maillot, infrastructures par exemple) avec un opérateur. Seule la Real Sociedad (qui n’a d’ailleurs pas de sponsor maillot pour l’instant) y a renoncé après le vote de ses socios en décembre 2018.

Carlos Bacca (Grenade)

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Le manque à gagner est énorme : après la direction générale d’organisation du jeu (DGOJ), les opérateurs ont investi 202M€ en publicité et 27M€ en sponsoring en 2020, des chiffres en hausse respectivement de 10% et 29% par rapport à 2019. Et même s’ils ont eu une saison pour anticiper, de nombreux clubs évoluent avec des maillots vierges depuis le début de saison.

Tout pour la darona

L’Espagne et les jeux de hasard, c’est comme la France et la baguette de pain. La ONCE et le Gordo de Navidad sont des institutions et les casas de apuestas font (beaucoup trop) partie du paysage urbain, surtout dans les quartiers populaires, la cible privilégiée des opérateurs.

D’après les derniers chiffres officiels, il y a 670 000 dépendants au jeu diagnostiqués entre 15 et 64 ans (l’âge moyen est de 30 ans et 44% ont moins de 26 ans) dont 14 000 sous traitement, auxquels s’ajoutent d’après la FEJAR (la fédération espagnole des joueurs compulsifs réhabilités), plus de 500 000 non diagnostiqués. C’est un cas urgent de santé publique car la ludopathie est un véritable fléau. En 4 ans, le business lié aux paris sportifs a été triplé et, malgré la pandémie, les sommes dépensées en 2020 ont atteint les 7 milliards d’euros, sans redistribution (ce qui devrait évoluer incessamment en Espagne).

Rayon Vallecano

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Il y a exactement un an, Alberto Garzón avait adressé un message très clair aux clubs dans l’émission Al Rojo vivo diffusée sur la Sexta : “Le décret interdira dès octobre que les clubs de football portent des sites de paris sportifs sur leur maillot. C’est une témérité de la part des clubs de signer pour 2 ou 3 ans. Ils sont en train de se tromper lourdement et ils devront se corriger car la loi est la loi et nous sommes face à un problème très important.” Cet avertissement n’a pas empêché Cádiz, le Betis et l’Espanyol de signer de nouveaux contrats avec des opérateurs. Le premier cité, après avoir disputé la première journée avec un maillot vierge, a affronté le Betis puis Osasuna avec… un opérateur de paris sportifs comme sponsor principal ! La raison ? La loi n’entrant en vigueur que le 1er septembre, les Gaditanos ont effectué un baroud d’honneur. Désormais, les contrevenants s’exposent à des amendes de 100.000€ à 1M€. Pour l’heure, Mallorca a retrouvé un sponsor lors de la troisième journée mais le Deportivo Alavés, Levante et Granada n’ont pas encore arboré leur plan B.

Alarme sociale et parade internationale

Si en France, la crise a poussé Bordeaux et Saint-Étienne à vendre leur espace premium à deux opérateurs cette saison et qu’en Italie, le législateur fait face à une fronde des clubs pour revenir sur l’interdiction du sponsoring d’opérateurs sportifs en Serie A, l’Espagne a au contraire durci la loi. Dans les grandes lignes, la Ley Garzón interdit également les bonus d’inscription, la publicité par des personnes connues (en France, certains journalistes sportifs ou apparentés comme tels connaîtraient quelques trous de trésorerie en fin de mois…) et la publicité sur internet. De plus, les annonces télé et radio sont cantonnées à la tranche 1h-5h et les tipsers sont désormais obligés de publier tous leurs résultats. En tout, ce sont 100 mesures qui ont été validées.

Début novembre 2020, Alberto Garzón a expliqué les raisons qui ont nécessité de légiférer avec la plus grande fermeté : “Cela répond à une nécessité, à une alarme sociale qui s’est générée ces dernières années. Il faut protéger la santé publique et, dans le même temps, les plus vulnérables : les mineurs, les jeunes et les personnes aux comportements pathologiques. Nous devons nous rappeler que c’est parmi les jeunes que se nourrit la croissance de ces activités. Elles ont inondé la vie quotidienne et les media de communication. Nous vivons une sorte de loi de la jungle, n’importe quel opérateur peut publier n’importe quel format à n’importe quelle heure et cela s’achève avec cette loi.

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La teneur de la Ley Garzón est du même tonneau que la Loi Evin qui, depuis 1991, interdit la vente d’alcool dans les stades, tout comme la publicité pour les cigarettes et les boissons alcoolisées. Dans les deux cas, la législation fait grincer des dents du côté des clubs qui se plaignent du manque à gagner plutôt que de remettre en question leur modèle économique. La perte de la manne financière issue des contrats de sponsoring des sites de paris sportifs pourrait se convertir en opportunité pour amorcer un renouvellement et une diversification des sources de revenus et tout indique que cela viendra principalement du digital et des cryptomonnaies. De leur côté, les opérateurs de paris sportifs ont déjà trouvé une parade : maintenir leurs partenariats avec les clubs hors d’Espagne et cibler de nouveaux marchés, à commencer par celui très porteur de l’Amérique du Sud.

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