Malaise dans les fédérations du Rassemblement national


Meeting de Jordan Bardella pour les élections régionales, à Mormant (Seine-et-Marne) le 12 juin 2021.

Tout semble prêt. L’affiche de campagne de Marine Le Pen a été débarrassée du logo à la flamme tricolore et sera tirée, selon la direction du Rassemblement national (RN), à 500 000 exemplaires. Qui, à présent, ira la coller partout en France ? Et qui distribuera les tracts ? Si chaque fédération départementale devrait recevoir 5 000 documents en moyenne, nul ne sait « ce qui est prévu pour s’assurer d’une distribution réelle », s’inquiète un cadre national. A la veille de la présidentielle, Marine Le Pen laisse derrière elle un parti en grande souffrance : déçus par les municipales, sonnés par les régionales, nombre de militants du RN n’y croient plus et s’avouent résignés à un nouvel échec.

Si le parti revendique toujours 83 000 « adhérents et sympathisants », ils ne seraient en réalité guère plus de 20 000, selon des sources concordantes, après une dégringolade difficile à enrayer depuis 2017. Mais c’est surtout la fuite des cadres qui préoccupe l’état-major. Les élections intermédiaires, présentées depuis quatre ans comme un marchepied vers l’Elysée, ont été la goutte de trop. Les démissions de responsables départementaux se sont multipliées : ceux du Jura, du Territoire de Belfort, des Deux-Sèvres, de Charente, de l’Ariège, de l’Hérault, du Lot, de la Drôme ont claqué la porte avant l’été, emmenant avec eux une partie de leur équipe. Une vingtaine de fédérations sont en ruine, parfois sans aucun représentant officiel. Si l’Occitanie apparaît comme la région la plus touchée, le phénomène est national.

L’implantation locale du RN a fondu d’un tiers dans les régions (252 élus en juin contre 358 en 2015) et de plus de la moitié dans les départements (26 conseillers élus contre 62 en 2015). La contre-performance électorale y est pour beaucoup, mais la politique de turnover n’a rien arrangé. Selon la revue Polémie, fondée par Jean-Yves Le Gallou, un ancien cadre du Front national (ancien nom du RN) aujourd’hui très éloigné du parti, 75 % des conseillers régionaux élus de 2015 n’ont pas été reconduits par le RN en 2021. Dans les Pays de la Loire, le FN avait obtenu 13 élus en 2015 – aucun des sortants n’a pu se représenter. Il ne reste que 15 élus sortants sur les 40 que comptait le conseil régional d’Occitanie ; 4 sur 24 en Bourgogne-Franche-Comté, 3 dans le Centre.

Analyse : Elections régionales : la contre-performance du Rassemblement national à la loupe

Ces conseillers régionaux devaient pourtant représenter l’« armature du parti », et témoigner de son implantation et de sa professionnalisation. Mais une centaine d’élus ont quitté le RN entre 2016 et 2021 et cette rotation permanente, imposée par le siège, permet à Marine Le Pen de casser les baronnies et de garder la main sur l’appareil. « En générant 75 % de mécontents parmi ses propres troupes, relève Polémia, le RN alimente une véritable armée de réserve de militants déchus qui ne manqueront pas de reprendre le combat en dehors du RN, dès qu’une offre politique alternative se présentera. » Ils sont effectivement de plus en plus nombreux à se tourner vers Eric Zemmour. « A chaque fois, on repart à zéro au niveau local », s’étrangle Franck Gaillard, 46 ans, un ancien élu régional de Bourgogne-Franche-Comté, fâché avec le parti qu’il avait rejoint à l’âge de 16 ans.

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