Mort d’Abimaël Guzman, fondateur de la guérilla péruvienne du Sentier lumineux


Abimaël Guzman, le 27 juin 2017.

Il était surnommé le « Pol Pot des Andes ». Abimaël Guzman, le leader historique de la guérilla maoïste péruvienne sur le Sentier lumineux, est décédé samedi 11 septembre à l’âge de 86 ans dans la prison où il purgeait sa peine à perpétuité, a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) avocat. « Le docteur Abimaël Guzman est mort. Son épouse a été informée et a demandé sa dépouille aux autorités », a déclaré Me Alfredo Crespo.

L’ancien dirigeant maoïste, incarcéré depuis 1992, purgeait sa peine à la suite de deux condamnations en 2006 et 2018. Il avait été hospitalisé le 20 juillet.

Son décès, lié à « une aggravation de son état de santé », est survenu au centre pénitentiaire de haute sécurité de la base navale de Callao, près de Lima.

Le guérillero et ses lieutenants avaient été arrêtés à Lima en 1992 sous la présidence d’Alberto Fujimori (1990-2000), qui avait lancé une féroce répression contre le mouvement.

L’ancien professeur d’université portait le lourd fardeau d’un des conflits les plus sanglants d’Amérique latine, qui avait secoué le Pérou entre 1980 et 2000. En 2003, la Commission vérité et réconciliation (CVR) avait chiffré à quelque 70 000 les morts ou disparus du conflit ayant opposé l’armée et les guérillas du Sentier lumineux.

Abimaël Guzman s’était forgé l’image d’un révolutionnaire dur et impitoyable. Les exécutions de paysans et incendies de villages refusant de soutenir la guérilla lui avaient valu d’être comparé à Pol Pot, le dirigeant khmer rouge du Cambodge. Parmi ses actions les plus sanglantes : l’assassinat en 1984 de 117 paysans de Soras, dans la région d’Ayacucho.

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« Soleil rouge »

L’universitaire, né le 3 décembre 1934 à Mollendo (sud), s’était lancé dans la lutte révolutionnaire au début des années 1960 en abandonnant sa chaire de philosophie à l’université San Cristobal de Huamanga, à Ayacucho, l’une des régions les plus pauvres du Pérou. Peu après, il avait lancé un mouvement politique, le Parti communiste du Pérou-Sentier lumineux (faction dissidente du PC), dont la mission était de « bâtir le communisme en suivant le sentier lumineux de José Carlos Mariategui », fondateur du Parti socialiste péruvien.

Il se faisait appeler « Puka Inti » (« soleil rouge » en langue quechua) et entretenait un culte de sa personnalité parmi les partisans de son mouvement. Ses adeptes qualifiaient ses idées de « quatrième épée » du marxisme, aux côtés de celles de Marx, Lénine et Mao.

Son mouvement s’était développé sur le terreau de la révolte indigène, des oubliés de la réforme agraire de 1969 et des étudiants sortant de l’université avec des diplômes inutilisables en raison de la ségrégation raciale et linguistique. La Révolution culturelle de Mao au milieu des années 1960 avait renforcé sa volonté d’instaurer un système similaire au Pérou. En 1979, il était passé à la clandestinité avec le projet de porter la révolution depuis les campagnes vers les villes et de renverser l’Etat par la lutte armée. Le 17 mai 1980, le Sentier inaugurait la guérilla par un acte symbolique : l’incendie des urnes d’un village andin à la veille de la première élection organisée après douze ans de dictature militaire.

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Très organisés, les guérilleros avaient été au départ bien reçus par la population à laquelle ils distribuaient des terres. Mais la situation avait dégénéré avec les assassinats de paysans et de responsables communautaires. L’organisation maoïste devint de plus en plus totalitaire, n’hésitant pas, notamment, à enrôler des enfants dès l’âge de 5 ans dans ses milices ou pour la culture de la coca, et à massacrer les récalcitrants.

L’arrestation en 1992 dans la banlieue de Lima du chef rebelle – montré à la presse dans une cage – avait entraîné une rapide et nette diminution des actions de son mouvement.

En 2010, il avait épousé en prison Elena Iparraguirre, numéro deux du mouvement, arrêtée avec lui à Lima et condamnée à la perpétuité.

Le Monde avec AFP

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