le premier vol commercial depuis le retour au pouvoir des talibans a atterri à Kaboul


L’avion de la compagnie aérienne pakistanaise PIA lors de son atterrissage à l’aéroport de Kaboul en Afghanistan, le 13 septembre 2021.

Comme la compagnie aérienne Pakistan International Airlines (PIA) l’avait annoncé samedi, un de leurs avions a atterri, lundi 13 septembre, à l’aéroport de Kaboul. Il s’agit du tout premier vol commercial international depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan, le 15 août, mais aussi de l’un des premiers signes de normalisation économique pour le pays et son principal aéroport international.

L’avion s’est posé vers 10h30 (8h à Paris) et ne transportait que quelques personnes. Un porte-parole de PIA a déclaré que la compagnie travaillait toujours à la régularité des vols suivants.

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« A ce stade, nous avons reçu 73 demandes » de passagers intéressés, « ce qui est très encourageant », avait-t-il déclaré plus tôt, précisant que de nombreuses demandes émanaient d’organisations d’aide humanitaire et de journalistes souhaitant se rendre à Kaboul. « Il n’y avait presque personne à bord de l’avion, environ dix personnes (…), peut-être plus de membres d’équipage que de passagers », cependant, a déclaré un journaliste de l’AFP qui est monté à bord du vol en provenance d’Islamabad.

Déjà deux vols charters vers Doha

« C’est un moment important, un jour d’espoir », a déclaré un employé de l’aéroport de Kaboul, qui espérait que d’autres compagnies allaient suivre rapidement l’exemple de la PIA. L’avion devait ensuite repartir plus chargé vers Islamabad. Quelque 67 passagers, dont un Américain et trois Pakistanais, ainsi que des Afghans ayant travaillé avec des organisations internationales et leurs proches, attendaient d’être ainsi évacués lundi matin, selon le porte-parole de la PIA.

Après la soudaine reprise du pouvoir par les talibans, les alliés occidentaux du gouvernement déchu, emmenés par les Etats-Unis, avaient organisé à l’aéroport de Kaboul un gigantesque pont aérien qui a permis d’évacuer plus de 123 000 personnes, principalement des Afghans. Des milliers de personnes étaient alors massées aux abords des accès de l’aéroport dans l’espoir d’échapper au régime. Cette attente chaotique avait pris un tour dramatique le 26 août, lorsque la branche locale de l’Etat islamique, EI-K, a perpétré un attentat, tuant près de cent personnes.

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Les talibans ont depuis pris le contrôle total de l’aéroport, assistés notamment par leurs alliés du Qatar. Deux vols charters opérés par Qatar Airways ont notamment décollé la semaine dernière, avec à leur bord des ressortissants étrangers et des Afghans qui n’avaient pas pu être évacués plus tôt. Parmi eux, des ressortissants français et leur famille avaient ainsi pu rejoindre Doha, avant d’être rapatriés à Paris. Le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a par ailleurs assuré lundi que « très peu » de Français restaient présents en Afghanistan, estimant leur nombre à « quelques dizaines maximum ». Au total, environ 2 800 personnes ont été évacuées par Paris, dont environ 2 600 Afghans, a aussi fait savoir M. Le Drian.

Un gouvernement non représentatif

La capacité des islamistes à relancer le trafic international à l’aéroport de Kaboul sera un test pour le nouveau régime. Les talibans ont en effet du mal à convaincre la communauté internationale après l’annonce d’un gouvernement marqué par la présence de nombreux caciques de leur premier régime fondamentaliste des années 1990. La haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies (ONU), Michelle Bachelet, s’est ainsi déclarée « déçue » lundi du manque de diversité de ce nouveau gouvernement.

« Je suis déçue par le manque d’inclusion de ce que l’on appelle le gouvernement de transition, qui ne comprend aucune femme et peu de membres non pachtounes », a souligné Mmoi Bachelet, qui s’est aussi inquiétée du traitement des femmes et de la répression de plus en plus violente des voix dissidentes. De la même manière, l’Iran a déploré lundi que le gouvernement taliban n’était pas représentatif de tous les Afghans. L’exécutif intérimaire « n’est certainement pas le gouvernement inclusif que la communauté internationale et la République islamique d’Iran attendent », a ainsi déclaré le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh, lors d’une conférence de presse à Téhéran.

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M. Khatibzadeh avait appelé le 23 août « tous les groupes et tous les camps politiques » en Afghanistan à « s’abstenir de recourir à la force et [à] s’engager dans la voie de la négociation et du dialogue », affirmant que « la République islamique d’Iran maintient un canal de communication permanent avec tous les camps politiques en Afghanistan ». L’Iran a entretenu des relations conflictuelles avec les talibans pendant leur premier règne sur un Émirat islamique d’Afghanistan, qu’il n’a jamais reconnu.

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Le Monde avec AFP

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